• la maison abandonnée

    Une vieille demeure romantique entourée d'un parc, aux fenêtres et aux volets obstinément clos. Voilà qu'elle fut ma première vision de la maison que le voisinage disait hantée.
    Je ne savais pas alors quel mystère cachaient ces murs hostiles à la terre entière. Personne dans le quartier ne savait d'ailleurs par qui ou par quoi elle était habitée.
    La curiosité est le plus grand de mes défauts et c'est ainsi que, cédant au désir que j'avais de percer ce secret, je fis céder le lourd cadenas de la porte dérobée du mur d'enceinte, par un pluvieux samedi soir d'automne.
    Le destin, ironique comme à son habitude, me facilita la tâche en laissant ouverte une des fenêtres du bas, semblable à un trou béant qui ne demandait qu'à me livrer passage. Mon exploration du rez-de-chaussée, ne me fit découvrir qu'une cuisine peuplée de vaisselle souillée et quelques salons poussiéreux et humides que je quittai bien vite. Qui pouvait bien se contenter de si peu de confort dans une maison qui ne demandait qu'à sourire ?
    La réponse me vint du second, car bizarrement, dans cet univers de ténèbres, le hall et la cage d'escalier offraient une luminosité presque indécente.
    Je gravis rapidement les marches de bois qui ne se donnèrent même pas la peine de craquer sous mon poids.
    La lumière me mena à l'étage, dans une chambre au lit défait en forme de cygne dont la blancheur immaculée contrariait avec le rouge grenat qui tapissait les murs.
    Une petite porte entrebâillée d'où émanait un étrange clapotis, laissait filtrer une faible clarté.
    J'aurais dû, j'aurais dû retenir mon bras qui se tendait, ma main qui se posait sur la poignée, mais je ne l'ai pas fait...
    La porte donnait accès à un petit cabinet de toilette. Là, dans une baignoire 1900, s'ébattait une créature mi-femme, mi-serpent.
    Il ne me fallut pas longtemps pour reconnaître Mélusine... Jusqu'à cet instant, j'avais toujours cru à une légende, un conte pour enfant sage, mais elle était bien devant moi, la fée tombée en disgrâce...
    Découvrant l'intrus que j'étais, Mélusine cria. Dans un grand fracas de pluie et de vent, la fenêtre de la salle de bain s'ouvrit et la fée s'envola, me laissant seul face à mon désarroi.
    Il m'arrive encore de passer devant la maison...
    A chacun de mes pélerinages, je remarque qu'elle tombe un peu plus en ruines, comme une demeure oubliée qu'elle est et où ne viendra plus jamais personne.


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