• offre fantasmes

    Michel lisait un magazine quand une enveloppe glissa sous sa porte d'entrée. Surpris, il se leva et courut pour regarder par l'œil-de-bœuf.
    Personne dans la cage d'escalier déformée par le verre.
    Il se baissa et ramassa l'enveloppe. Aucune notification de l'expéditeur, mais il lut qu'elle avait été postée à Paris. Il l'ouvrit à l'aide d'un coupe-papier et en sortit une feuille cartonnée de couleur rouge. En lettres dorées aux déliés alambiqués étaient écrits ces quelques mots :

    OFFRE FANTASMES !!

    Bravo ! Vous êtes l'heureux bénéficiaire de notre nouvelle Offre Fantasmes qui exaucera tous vos rêves, même les plus coquins !
    Ce courrier n'a pas une durée de vie illimitée, vous devez donc l'utiliser dans l'heure qui suit !
    Comment procéder ? Rien de plus simple ! Il vous suffit de tenir cette carte dans votre main (celle de votre choix), de fermer les yeux, puis de penser à un de vos fantasmes favoris, ou à un sex-symbol qui représente pour vous tout ce que la nature a fait de mieux dans sa carrière !
    Attention ! Ceci n'est pas une plaisanterie !
    Laissez-vous tenter...

    L'équipe d’Offre Fantasmes

    Michel ricana et se rassit sur son canapé. Il retourna le papier mais rien ne figurait au dos.
    Ça, c'est peu commun, pensa-t-il avec amusement. On trouve vraiment n'importe quoi dans nos boîtes aux lettres, mais cette pub change vraiment des prospectus de rabais sur le fromage ou ceux vantant les mérites de meubles en carton à monter en kit ! Il y avait vraiment des gens plein d'imagination !
    Il jeta la carte rouge sur la table basse du salon et reprit son livre. Mais la pub avait fait son petit effet et il ne put se concentrer sur l'intrigue du livre.
    – Allez ! Soyons fou ! lança-t-il tout haut.
    Il saisit la carte et ferma les yeux.
    Son cerveau chercha dans ses archives un quelconque fantasme, mais rien ne vînt. Il se mit alors à penser à des choses loufoques et absurdes qui déboulèrent dans son crâne contre sa volonté. Il eut la folle vision d'une femme pesant deux quintaux dont le corps nu recouvert de farine était aussi plissé qu'une jupe. Il se mit à rire et ouvrit les yeux brusquement, de peur qu'une Maïtée dénudée ne surgisse dans son salon. Il était sur le point de reposer la carte quand une porte s'ouvrit dans son appartement. Étonné, il se leva et alla voir dans le couloir. La porte de la cuisine était entrouverte. Il s'approcha à pas de loups, prêts à décrocher un uppercut à l'éventuel intrus.
    – Et alors, il est où ce petit ? tonna une voix pleine d'accent qu'il aurait reconnu entre mille.
    Tétanisé, il bondit devant la porte de la cuisine et cria de surprise quand il découvrit, allongée sur le plan de travail, la célèbre reine de la bonne bouffe française, les pattes écartées et son énorme ventre plein de farine humide.
    – Ah, le voilà le petit couillon ! Il va t'y venir me découenner la pastille ? chantonna la star en se pourléchant les babines qu'elle avait très roses.
    Devant la scène, Michel tituba en arrière et lâcha la carte rouge. La déesse de graisse disparue d'un coup.
    Tremblant, il se frotta les yeux et se pinça la joue. Mais non ! Tout cela était bien réel. Il prit avec précautions la carte et se releva.
    Soudain, son esprit de mâle commença à percevoir l'étendue des possibilités qui s'ouvraient à lui. Si cet Himalaya d'amour graisseux avait pu apparaître comme par magie dans sa cuisine, la plus belle femme du monde n'aurait aucune peine à prendre place sous sa chaude couette. A lui les Carole Bouquet et autres Angelina Jolie !
    Son esprit en ébullition lui fit penser à recharger la batterie de son appareil photo numérique. Les copains voudraient à coup sûr des preuves de ses exploits ! A lui le statut éternel d'Apollon méconnu, capable de mettre dans son plumard les plus inaccessibles garces de la planète.
    Son esprit divagua encore un peu, passant en revue revues quelque Mimi Mathy et autre Anne Roumanoff, mais il se reprit assez vite. Une fois, c'était bien assez.
    Il rougit d'excitation et retourna s'asseoir sur son divan. Il se concentra et se prépara à fermer les yeux, préparant un brouillon psychique des plus beaux modèles qu'il connaissait.
    Mais sa conscience se réveilla. Il eut la vision de sa tendre et chère épouse, qu'il aimait tendrement. Après douze ans de mariage, il serait vraiment regrettable de fauter. Il se dit qu'il n'aimerait vraiment pas que sa chérie fasse ce qu'il s'apprêtait à faire et, au prix d'un effort surhumain qui l'emplit de fierté, il reposa le carton rouge et se releva brusquement.
    Mais la petite pub rouge et dorée l'attirait terriblement, et à plusieurs reprises, son cerveau ordonna aux muscles de ses jambes de fléchir, mais son cœur tînt bon.
    Il comprit qu'il ne pourrait pas rester là, à côté de cette diabolique carte magique. Il ne put se résoudre à la déchirer et décida de sortir de chez lui. Il prit son paquet de cigarettes et sa veste puis sortit.
    Il marcha à toute vitesse dans la rue, comme un fou, tirant sur sa cigarette comme un forcené. Quelques passants le dévisagèrent.
    Heureusement, puis il s'éloignait de son immeuble, plus ses pulsions tarissaient. Il s'arrêta dans une boulangerie pour prendre une baguette et prit le chemin du retour. Il se félicita de sa maîtrise de soi et décida de détruire dès son retour le carton d'Offre Fantasmes.
    Avant même d'ouvrir la porte de son appartement, il entendit une grosse voix. Il ouvrit la porte et aperçut sur le portemanteau la gabardine de sa femme. Elle était donc rentrée.
    La grosse voix gueula de plus belle. Ça venait de la chambre, réalisa-t-il. Pourvu que... Soudain il reconnut avec horreur la titanesque voix qui se répercutait avec force sur les murs de sa maison.


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